Archive | octobre, 2012

Facebook sait si vous êtes gay, Google que vous êtes enceinte. Et ta soeur ?

29 Oct

Facebook sait probablement si vous êtes gay, ou célibataire (quand bien même vous ne l’ayez pas expressément précisé sur votre profil), et peut-être même si vous êtes infidèle, ou bien cocu(e).

Google, de son côté, sait probablement si vous êtes enceinte, ménopausée, diabétique ou anorexique, si vous avez un cancer, ou allez bientôt être opéré… entre autres.

Le soi-disant « Bug de Facebook » a défrayé la chronique le temps… d’une soirée (cf les conclusions de la CNIL, qui confirment l’excellente synthèse du Monde.fr). Il en était aussi question ce dimanche sur Médias le magazine, qui m’avait invité suite à mon billet sur le « paradoxe de la vie privée » auquel nous sommes tous confrontés sur Internet.

A cette occasion, j’ai tenté de résumer ce pour quoi la vie privée n’est PAS un problème de vieux cons -pour paraphraser le titre du livre que j’ai consacré à ces questions– dans un tweet qui, reprenant le raccourci que j’avais prononcé à l’antenne, a eu le don de heurter certaines susceptibilités, dont celles de William Rejault, ce qui n’était bien évidemment pas mon intention :

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit

Il ne s’agissait bien évidemment pas pour moi d’amalgamer homosexualité et sida, mais de pointer du doigt l’ampleur des informations et données personnelles que nous partageons avec des entreprises dont le modèle économique est de nous « profiler » pour vendre aux annonceurs des publicités ciblées, personnalisées, et comportementales… On ne le répètera jamais assez : « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit« .

Explication du tweet : le profil de vos amis, sur Facebook, permet a priori de savoir si vous êtes gay, quand bien même vous ne vous y êtes pas affiché en tant que tel. Il existe très certainement des hétérosexuels ayant une proportion très importante d’amis homosexuels… mais le nombre de partages d’articles, de vidéos ou photos émanant de la presse gaie, ou gay-friendly, suffira probablement à « lever le doute » -pour reprendre une expression policière.

Vos recherches, sur Google -ou encore vos courriels sur GMail- permettent de leur côté de savoir si vous vous renseignez sur la fiabilité d’un test de grossesse, sur la façon d’annoncer à votre partenaire ou à vos parents que vous êtes enceinte, sur les signes avant-coureurs de la ménopause, les effets secondaires des traitements contre le cancer ou la trithérapie, le traitement du diabète, les forums d’anorexiques et ce, avant même que vous ayez parlé à qui que ce soit de ces questions.

Google est ainsi en mesure de suivre l’évolution de la grippe, de prédire une épidémie avant même que les médecins n’aient été consultés, et sept à dix joursavant que les services sanitaires ne tirent la sonnette d’alarme.

Il ne s’agit pas, bien sûr, d’une science exacte, et nombreux sont ceux qui échappent aux mailles des filets de Google, Facebook et autres professionnels de la fouille de données (« datamining« , en anglais). Plus nombreux sont encore ceux qui n’en sont pas moins fichés en tant qu’homosexuel, ménopausée, boulimique, fan d’aviation, de jardinage ou de moto, arctophile ou copocléphile

L’espion qui venait de chez moi

Gmail scanne vos courriels privés, Google archive les mots-clefs que vous recherchez, Facebook surveille les articles, pages et billets que vous consultez -quand bien même vous ne les auriez pas partagés. Pour autant, Facebook et Google n’ont que faire de votre vie privée, et ils auraient même tout à perdre à la rendre publique : la correspondance privée est « sacrée » -et sa violation sévèrement réprimée- dans les pays démocratiques et « développés« . Ce qui intéresse ces marchands de données, c’est de vendre et donc d’afficher des publicités « personnalisées« , en fonction de vos profils et ce, quels qu’ils soient : ils ne jugent pas (des individus), ils ciblent (des consommateurs).

Cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il faudrait arrêter de se servir de Facebook, Google et consorts : jamais, dans l’histoire de l’humanité, il n’a été aussi facile de rencontrer des gens qui partagent les mêmes questions, ni de se renseigner sur les problèmes auxquels on est confronté. Et je suis bien placé pour savoir qu’il est tout à fait possible d’être très actif sur Internet sans, pour autant, être « à poil sur le web » (cfTout ce que vous avez toujours voulu savoir sur moi mais que vous aviez la flemme d’aller chercher sur l’internet).

La probabilité que Facebook, Google et consorts rendent publiques ce genre de données privées est infime en comparaison de la probabilité que votre conjoint, colocataire, collègue, patron, ou toute autre personne ayant un accès physique à vos ordinateurs, tablettes ou téléphones portables, n’en profite pour espionner l’historique de votre navigateur (et donc des sites web que vous avez visités, et de ce que vous recherchez sur le web), ou encore vos correspondances privées tenues par courriels ou messages privés sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, MSN, et caetera)… ce que j’avais donc cherché à expliquer dans Facebook et le « paradoxe de la vie privée ».

Vous avez des enfants ? Vous avez donc -hélas- probablement déjà espionné (à leur insu, donc) ce qu’ils faisaient sur Facebook, sans parler de ce qu’ils ont pu faire, tout seuls comme des grands, entre frères et soeurs… voire sur votre propre ordinateur. Combien d’ados ont ainsi découvert, dans l’historique du navigateur utilisé par leurs parents, qu’ils consultaient eux aussi des vidéos pornos, s’étaient inscrits sur des sites de rencontre ou… cherchaient des logiciels pour espionner leurs enfants ?

Un policier allemand, cherchant à espionner sa fille, avait ainsi installé un cheval de Troie dans son ordinateur. Un hacker ami de sa fille, découvrant le logiciel espion, s’en servit pour espionner à rebours le papa espion. Or, celui-ci travaillait sur le système policier de surveillance et de géolocalisation des téléphones portables, et n’avait pas suffisamment sécurisé ses communications, entraînant le piratage dudit système espion de la police d’outre-rhin… #fail (voir Soudain, un espion vous offre une fleur).

Nombreux sont les adolescents qui apprennent ainsi très tôt à contourner la cybersurveillance, protéger leur vie privée, et sécuriser leurs ordinateurs, sessions et profils (voir aussi Journalistes : protégez vos sources !).

En matière de protection de la vie privée, le problème se situe (aussi) entre la chaise et le clavier… d’autant plus que les outils d’espionnage informatique, qui étaient autrefois l’apanage des seuls services de renseignement, sont aujourd’hui à la portée de n’importe qui, ou presque (voir mon petit manuel de contre-espionnage informatique).

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19 Oct

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